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Rechercher l’égalité réelle entre les citoyens sur les territoires
Au commencement de la Constitution sont inscrits deux principes qui ont commandé l’organisation de la République française : « La France est une République indivisible […] qui assure une égalité devant la loi à tous ses citoyens. »
Jean Spiri
- l’exemple des minima sociaux et celui de la santé -
« au-delà de cette « passion de l’égalité » française dont parlait Tocqueville, est-ce que nos concitoyens ont le sentiment de vivre une égalité réelle ? »
Au commencement de la Constitution sont inscrits deux principes qui ont commandé l’organisation de la République française : « La France est une République indivisible […] qui assure une égalité devant la loi à tous ses citoyens. » Même si, depuis 2003, la Constitution autorise des expérimentations qui peuvent entraîner des différences de traitement entre les citoyens selon les territoires, celles-ci ne peuvent être que temporaires et sont strictement encadrées. Pourtant, au-delà de cette « passion de l’égalité » française dont parlait Tocqueville, est-ce que nos concitoyens ont le sentiment de vivre une égalité réelle ? Ceux qui doivent compter sur les prestations sociales et ont du mal à boucler leurs fins de mois dans les territoires où la vie est la plus chère ? Ceux qui ont le sentiment de devoir payer trop cher pour leur santé ou ceux qui attendent des mois avant d’avoir un rendez-vous chez un professionnel de santé ? C’est tout le paradoxe : nous vivons avec plusieurs mythes fondateurs auxquels personne ne veut toucher, celui de l’unité du territoire – que Tocqueville soulignait déjà par opposition au modèle américain -, et celui de l’égalité a priori, et pourtant nous sentons bien que la réalité ne correspond pas toujours à ces dogmes.
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Alors, partons plutôt de la réalité, osons dire que nous préférons l’égalité devant les effets de la loi, quel que soit le territoire, à l’égalité théorique. Et surtout, proposons des solutions concrètes, comme par exemple la territorialisation des montants des minima sociaux, pour mieux tenir compte des différentiels de pouvoir d’achat, ou une plus grande territorialisation de la santé pour mettre fin aux écarts de délais d’attente !
« Rechercher l’égalité entre les citoyens en tenant compte des différences territoriales »
Rechercher l’égalité entre les citoyens en tenant compte des différences territoriales, c’est bien sûr donner une forte dimension d’aménagement du territoire et de régionalisation à nombre de nos politiques. L’action du Gouvernement ces dernières années a été déterminante en la matière, depuis la création de pôles de compétitivité, mais aussi de pôles d’excellence rurale, l’attention portée à l’accès au numérique sur tous les territoires, jusqu’à un meilleur pilotage régional de la politique du logement, avec des constructions de logement social là où les besoins sont importants, avec la création des Agences régionales de santé pour mieux faire correspondre l’offre à la demande, ou bien encore au travers de certains aspects de la réforme des collectivités territoriales qui permettent une meilleure péréquation entre les territoires.
Jean Spiri
Aujourd’hui, il est nécessaire d’aller plus loin, en ne corrigeant pas seulement les inégalités par le territoire, la structure, mais également par une action directe auprès des individus.
Cela signifie tout d’abord prendre en compte leur situation réelle, et notamment leur pouvoir d’achat. Toutes les statistiques entre les pays de l’Union européenne, qui commandent notamment le versement des aides régionales, sont soit exprimées en montant brut, soit sont corrigées en fonction du pouvoir d’achat. Cette méthode nous semble tout à fait légitime : avec la monnaie unique, le touriste se rend bien compte qu’un euro ne lui sert pas à acheter la même chose selon le pays ! Pourquoi cette réalité simple serait-elle si difficile à admettre dans les différents territoires français ?
« en 2006, les prix des dépenses de consommation étaient plus élevés en moyenne de 13 % en Île-de-France qu’en province »
L’INSEE a publié en 2008 des statistiques concernant les différences de niveaux de prix existant entre L’Île-de-France et la province. Ainsi, en 2006, les prix des dépenses de consommation étaient-ils plus élevés en moyenne de 13 % en Île-de-France qu’en province. Cet écart provient pour plus de la moitié des différences de niveaux de loyers, supérieurs de près de 50 % pour les Franciliens.
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Concernant les autres dépenses, le surcroît de prix est plus important pour les services (consultations médicales, cafés, restaurants,...) que pour les biens (produits alimentaires, vêtements, meubles...).
Une telle analyse est précieuse, mais rare ! L’étude est datée, et elle ne repose que sur une opposition Paris-province qui est stérile, et ne rend pas assez compte des différences qui existent au sein même de ces deux ensembles ! Mais en consultant les cartes de l’Observatoire des territoires de la DATAR, on constate que les seules mesures des différences entre régions sont réalisées en euros constants. Comment est-il possible de comparer la situation des revenus franciliens avec ceux du Massif central sans prendre en compte les prix plus élevés ? Nous devons revoir nos indicateurs !
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Alors oui, il faut prendre en compte ces écarts de prix dans différentes politiques. Pas de façon aveugle bien sûr, car il existe déjà de nombreux correctifs. L’INSEE notait ainsi que les écarts de prix sont en grande partie corrigés par les niveaux de rémunération. Dans le secteur privé, il y a une adaptation des rémunérations nécessaire. Dans la fonction publique, il existe une prime spécifique, qui correspond au maximum à 3 % du traitement brut en fonction de trois zonages. C’est bien la reconnaissance officielle de ces écarts de pouvoir d’achat ! Il est heureux que cette prime existe, même si elle peut parfois se révéler insuffisante, notamment pour des traitements peu élevés.
N’importe quel élu de Paris et de sa banlieue sait qu’il est difficile de recruter des auxiliaires-puéricultrices pour les crèches ! Les besoins sont importants sur tout le territoire, et nombre d’entre elles préfèrent s’installer dans des territoires où le coût de la vie est moins élevé. C’est un problème de recrutement que connaissent aussi les hôpitaux avec certaines catégories de personnel.
Bien évidemment, des correctifs existent déjà pour certaines prestations sociales. Par exemple, le montant des aides au logement varie en fonction des ressources, du loyer et de la nature du logement, mais aussi du lieu d'habitation. L’élu d’une commune où les prix de l’immobilier ont augmenté de 15 % l’année dernière peut témoigner de l’importance de ce correctif. Pourtant, les aides au logement ne peuvent suffire à elles seules à combler les différentiels de pouvoir d’achat.
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« il existe d’autres domaines où ces différences ne sont pas prises en compte »
Et il existe d’autres domaines où ces différences ne sont pas prises en compte. C’est par exemple le cas pour toutes les prestations sociales qui sont aujourd’hui déterminées au niveau national : je pense aux minima sociaux, comme le revenu de solidarité active (RSA), au minimum vieillesse, à l’allocation adulte handicapé (AAH), à l’allocation parent isolé (API), à l’allocation veuvage, etc. Quand il s’agit du seul revenu disponible, c’est donc le seul revenu qui ne tienne pas compte des différentiels de pouvoir d’achat, puisque le public comme le privé en tienne compte !
Pourtant, ce sont bien les publics les plus fragiles qui sont les plus sensibles aux écarts de prix. Et même lorsqu’il peut s’agir d’un revenu de complément, comme le RSA hors RSA socle, les difficultés demeurent nombreuses pour les bénéficiaires. Dans ma commune, à Courbevoie, je vois bien en étudiant les dossiers du Centre communal d’action sociale, qu’il manque souvent à peu près la même somme tous les mois pour boucler un budget quand on touche les minima sociaux, et même lorsqu’on a un complément de revenu.
Il y a le loyer bien sûr, même avec les aides, mais il y aussi le prix des denrées courantes. Et tous les mécanismes de soutien que nous mettons en place ne suffisent pas à compenser la faiblesse d’une telle prestation par rapport au niveau de vie de la région ! En revanche, nous savons bien que dans d’autres territoires, les mêmes minima sociaux peuvent garantir un pouvoir d’achat supérieur.
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« il est temps de mettre fin à cette inégalité profonde en proposant que les minima sociaux aient des montants différents selon les territoires »
Alors il est temps de mettre fin à cette inégalité profonde en proposant que les minima sociaux aient des montants différents selon les territoires, des montants facialement différents, mais qui ne viseront qu’à parvenir à une égalité réelle après correction du pouvoir d’achat. C’est une mesure de profonde justice sociale à laquelle je crois, et qui peut changer le quotidien de millions de nos concitoyens. Nous devons développer des statistiques qui permettent de se livrer à des calculs fins, de tenir compte des différents postes de dépenses pour atteindre un juste équilibre, afin de proposer des montants différents et d’établir des zonages. Cette question des zonages est très importante : il ne faut pas ajouter de l’inégalité à l’inégalité, et donc trouver la mesure qui à la fois soit suffisamment large pour prendre sens, et suffisamment fine pour prendre en compte les différences qui peuvent exister par exemple au sein d’un même département. Les bassins d’emploi définis par l’INSEE peuvent peut-être constituer une échelle pertinente. L’Etat doit aussi considérer que les départements ne sont pas seulement des guichets à prestation, et engager avec eux la réflexion sur les différences territoriales.
Jean Spiri
« Il faut profiter des hausses annuelles pour bloquer certains montants et en faire progresser d’autres. »
Soyons clairs : il ne s’agit pas de proposer une hausse pour les bénéficiaires des territoires où le coût de la vie est le plus élevé sans baisse pour ceux où il l’est moins. Nous avons pleinement conscience du contexte financier, et de la nécessité d’efficacité des mesures proposées sans surcoût important pour les finances publiques. Il faut accepter qu’avec la même enveloppe on corrige les inégalités entre les citoyens sur les territoires. Cette évolution doit cependant se faire progressivement, car il n’est pas question de baisser le montant de minima sociaux dans certaines régions. Il faut profiter des hausses annuelles pour bloquer certains montants et en faire progresser d’autres. Je sais que cette différence de valeur faciale peut inquiéter : va-t-elle générer un sentiment d’inégalité ? Va-t-elle entraîner des migrations vers les zones où les montants sont plus élevés ? Sur le sentiment d’inégalité, je ne ferai pas de commentaires : j’ai peur que nos concitoyens aient déjà ce très fort sentiment, et qu’il soit très territorialisé. C’est par un ensemble de mesures, mais aussi par une pédagogie, par une habitude de statistiques et d’indicateurs prenant en compte les inégalités territoriales que nous les convaincrons que cette mesure va dans le bon sens.
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Et réfléchissons un instant, combien de personnes bénéficient-elles aujourd’hui seulement des minima sociaux, sans qu’un certain nombre de prestation sociales ne viennent de toute façon différencier les revenus disponibles ? Aucun cas n’est déjà comparable. Concernant l’argument de l’attractivité des territoires où les minima sociaux sont les plus élevées en montant, je poserai cette simple question de bon sens : est-ce que les bénéficiaires des minima sociaux sont vraiment parmi les populations les plus mobiles ? Tous ces arguments sont contredits par la pratique. Alors, oui, il reste un obstacle majeur, celui de notre conception de l’égalité, voire du texte même de la Constitution – ou plutôt de son interprétation actuelle. Ce qui est visé, c’est bien l’égalité des citoyens devant les effets de la loi. Si c’est cette approche que nous retenons, n’aurons-nous pas progressé sur le chemin de l’égalité ?
Cette nouvelle prise en compte des déséquilibres territoriaux, nous ne devons pas la limiter aux minima sociaux. Nous devons engager la réflexion dans d’autres domaines, par exemple les allocations familiales – mais il faudrait aussi prendre en compte d’autres indices que les prix, comme la difficulté d’accès, et donc le coût, à nombre d’activités, une problématique que les familles rurales connaissent bien. Nous ne devons pas la limiter à ce seul indicateur qu’est le pouvoir d’achat. Les différentiels d’attractivité territoriale restent la question majeure, même si, contrairement au pouvoir d’achat, elle est déjà prise en compte par de nombreuses politiques.
Jean Spiri
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La nécessité d’utiliser cette approche nouvelle est particulièrement visible quand on étudie les inégalités de santé dans notre pays.
Comme le dit le géographe Emmanuel Vigneron, qui a réalisé un travail très documenté sur les inégalités de santé dans les territoires français1, la prise de conscience des inégalités sur le territoire a été longue, marquée par le mythe du progrès, de l’unité du territoire, autant que par l’organisation jacobine du système de santé et par l’attention – nécessaire, mais non suffisante – aux inégalités sociales. Aujourd’hui, et particulièrement depuis la loi Hôpitaux, patients, santé, territoires de 2009, l’inégalité territoriale a été mise au cœur de la politique de santé, avec un pilotage régional de l’offre, avec des incitations nouvelles pour les professionnels libéraux à s’installer dans les territoires qui manquent de médecins. Les progrès contenus dans cette loi et dans la nouvelle organisation du système de santé vont se faire sentir dans la durée.
Aujourd’hui, et particulièrement depuis la loi Hôpitaux, patients, santé, territoires de 2009, l’inégalité territoriale a été mise au cœur de la politique de santé, avec un pilotage régional de l’offre, avec des incitations nouvelles pour les professionnels libéraux à s’installer dans les territoires qui manquent de médecins. Les progrès contenus dans cette loi et dans la nouvelle organisation du système de santé vont se faire sentir dans la durée.
1 Emmanuel Vigneron, Les inégalités de santé dans les territoires françs, éditions Elsevier-Masson, Paris, 2011
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« faire des propositions complémentaires pour agir sur les deux grandes inégalités dans l’accès aux soins et à la solidarité »
Cela ne doit pas nous empêcher d’aller plus loin et de faire des propositions complémentaires pour agir sur les deux grandes inégalités dans l’accès aux soins et à la solidarité que ressentent nos concitoyens : l’inégalité financière et l’inégalité territoriale. Un sondage, réalisé par l’IFOP et publié dans le Journal du dimanche du 13 novembre 2011, indique que plus de 50 % des Français ont déjà renoncé à une consultation chez un spécialiste parce qu’ils n’arrivaient pas à obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide (près de 40 % ont renoncé à un rendez-vous chez un médecin généraliste pour les mêmes raisons). Ils sont plus de 35 % à avoir renoncé à un rendez-vous chez un spécialiste à cause du prix de la consultation (près de 20 % pour un généraliste). L’éloignement géographique est également cité comme un obstacle pour plus de 20 % des Français. Et cette situation peut s’empirer dans les prochaines années puisque la Dress, la direction des statistiques du ministère de la santé, prévoit une diminution de 25,1 % du nombre de médecins exerçant en zone rurale et de 10,5 % dans les zones périurbaines d'ici 2030.
Jean Spiri
« Il faut tout d’abord s’attaquer de manière résolue à la question des délais d’attente. »
C’est donc une feuille de route assez claire qui est fixée. Il faut tout d’abord s’attaquer de manière résolue à la question des délais d’attente. Cela passe par une meilleure connaissance des écarts sur le territoire, qui nécessite la création d’un Observatoire des délais d’attente, qui ne se limitera pas à l’accès aux soins, mais aussi aux prestations sociales. Une piste pourrait être la mise en œuvre d’un délai d’attente opposable, que propose notamment la FEHAP (Fédération des établissements privés non lucratifs), et qui consisterait en une obligation pour un établissement dont les délais sont trop longs de trouver une autre solution de prise en charge dans un délai raisonnable pour le patient. Cela passe ensuite par de nouvelles formes de coopérations entre les professionnels et les établissements, et le développement de Maisons de santé pluridisciplinaires, annoncé par le Président de la République le 20 décembre dernier, mais aussi celui de véritables plateformes de services à domicile. Cela passe enfin par un rééquilibrage de la répartition des professionnels de santé sur les territoires. Des actions entreprises depuis 2007 ont permis d’améliorer la situation, comme les honoraires majorés pour les médecins exerçant en cabinet de groupe dans des zones sous-médicalisées, les contrats d’engagement de services publics pour les étudiants en médecine, ou bien encore l’annonce récente d’un relèvement du numerus clausus des étudiants en médecine.
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Mais nous savons qu’elles porteront leurs fruits sur le long terme et qu’il faut certainement aller plus loin. Le cadre contractuel créant des obligations à servir dans des zones sous-denses pour les étudiants pourrait être élargi, et il est nécessaire de réfléchir à la régulation du conventionnement pour tous les professionnels de santé, y compris les médecins, sur le modèle de l’accord négocié avec les infirmiers libéraux qui ne sont plus conventionnées dans les zones sur-denses depuis 2008.Ce n’est pas remettre en cause l’exercice libéral de la médecine auquel nous sommes attachés ! C’est rappeler l’équilibre qui existe au fondement de la sécurité sociale entre la liberté d’installation et l’assurance pour le médecin que le patient pourra le payer. C’est cela le conventionnement : ce n’est pas un droit automatique, c’est un atout pour le professionnel qui n’est pas obligatoire, et qui crée des droits et des devoirs.
« Il faut s’attaquer à la question de l’accessibilité financière »
Il faut ensuite s’attaquer à la question de l’accessibilité financière, pour qu’il y ait non seulement des professionnels de santé en nombre suffisant sur tous les territoires, mais aussi des professionnels de santé dont les honoraires soient accessibles. Il est nécessaire de reprendre les négociations globales visant à maîtriser les dépassements d’honoraires, il faut s’interroger sur la revalorisation des honoraires conventionnés de secteur 1, comme l’a d’ailleurs indiqué le Gouvernement, mais il faut aussi regarder la situation territoire par territoire.
Jean Spiri
En proche couronne de Paris, c’est un problème que nous connaissons bien. Il n’y a souvent pas de manque de médecins, mais il est parfois difficile de trouver un généraliste, a fortiori un spécialiste, qui applique le tarif conventionnel.
« est-ce à l’assuré social de payer la mauvaise régulation du système ? »
S’il apparaît que, sur un territoire de santé, les professionnels conventionnés de secteur 1 sont en nombre insuffisant, est-ce à l’assuré social de payer la mauvaise régulation du système ? Pourquoi devrait-il payer un surcoût, surtout si celui-ci est trop important pour être pris en charge par sa mutuelle (s’il en a une !) ? S’il est établi que l’assuré n’a pas le choix sur son territoire de santé, il apparaîtrait normal que l’assuré soit remboursé comme s’il avait consulté chez un professionnel conventionné de secteur 1. Bien évidemment, cette mesure serait très encadrée, et ne serait que transitoire, en attendant que la double action sur les tarifs et sur la démographie médicale porte ses fruits. Ces problématiques ne concernent pas seulement le secteur sanitaire, elles touchent également le secteur médico-social. La question du reste à charge dans les EHPAD est sensible pour de nombreuses familles, et il faut noter que si la part des soins est bien prise en charge, celle de l’hébergement l’est nettement moins. Cela est particulièrement problématique dans les régions où le prix du foncier est cher, et intégré dans le prix de la journée. Voici un autre exemple d’inégalité territoriale qu’il faut traiter !
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Ce travail sur les territoires passe là encore par une meilleure connaissance des inégalités inexistantes, sur des politiques ciblées, et sur un accompagnement particulier pour les citoyens qui se trouveraient dans une situation particulièrement défavorisée eu égard des objectifs généraux d’accessibilité financière comme territoriale de notre système de santé et de solidarité.
Ces exemples d’inégalités que subissent les citoyens sur les territoires nous amènent bien évidemment à nous poser la question de la manière dont l’Etat doit veiller plus largement à l’équité entre les territoires,notamment dans le cadre de la décentralisation. Car il ne faut plus se contenter de présupposés, mais bien regarder la réalité telle qu’elle est ! De même que l’égalitarisme à l’école n’a pas donné de bons résultats (cf. l’article de Benoist Apparu), de même qu’une conception en termes d’égalité des chances doit s’imposer (cf. l’article de Camille Bedin), de même que les différents territoires ruraux et urbains doivent être traités par des politiques d’aménagement différenciées, il est nécessaire de mettre fin à ce mythe de l’égalité des citoyens a priori pour veiller à atteindre une égalité a posteriori, après correction des différences entre les territoires. C’est rester fidèle à l’esprit de notre République, avec une vision plus dynamique de la justice sociale. Mais pour cela, il faut accepter que la loi puisse s’appliquer différemment aux citoyens selon les territoires, pour mieux garantir leur égalité réelle. C’est-à-dire, par exemple, des temps d’attente comparables dans le domaine de la santé, un pouvoir d’achat comparable après le versement des minima sociaux.
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C’est un changement important, mais c’est la conception qui a toujours été celle du Président de la République : considérer la réalité telle qu’elle est, ne pas avoir peur de remettre en cause des situations établies pour parvenir à plus de justice, comme cela a été fait dans le cadre de la réforme des retraites, et donner les mêmes possibles à tous nos concitoyens. Assurer une meilleure égalité entre les citoyens sur les territoires, voici une réforme audacieuse et juste pour 2012 !
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Jean Spiri
Biographie de Jean Spiri
Jean Spiri, bientôt trente ans, est élu à Courbevoie depuis 2008, délégué à l’intercommunalité et aux grands projets du centre-ville ; il est depuis 2011 Vice-président de la Communauté d’agglomération Seine-Défense, chargé de l’aménagement du territoire et des transports. Il a par ailleurs été candidat aux élections régionales de 2010 en Ile-de-France.
Normalien, diplômé de Sciences-Po et titulaire d’un DEA de Géographie, il a tout d’abord travaillé auprès de Michel Barnier, Ministre des Affaires étrangères, puis comme conseiller de Xavier Bertrand, Ministre de la Santé et des Solidarités, et de Valérie Létard, Secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité. A ce titre, il a notamment été chargé du Plan Alzheimer 2008-2012. Il a également été conseiller du président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et est aujourd’hui directeur associé d’un cabinet de conseil.
Jean Spiri est président de l’Association « Ma ville dans le Grand Paris » qui vise à stimuler un vrai débat citoyen sur le thème du Grand Paris, et à mobiliser les énergies locales autour de ce projet, dans ses dimensions urbaines comme humaines.
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1. Peu de gens de votre génération s'engagent en politique.
Pourquoi avoir fait ce choix ?
Parce que j’adore apprendre, transmettre et agir, non pas en solitaire, mais au contact et avec les autres !
Je suis venu à la politique par les idées, et j’ai eu la chance de pouvoir très tôt m’impliquer dans la politique nationale, aux côtés de plusieurs ministres, sur des champs passionnants, comme l’Europe, la santé et la solidarité, où j’ai appris beaucoup. Mais l’engagement en politique est une chose, l’engagement de la politique locale en est une autre ! J’ai toujours été passionné par la politique, pas seulement dans sa dimension de débat, mais aussi de faire, d’action sur le concret. Et la politique locale est le meilleur moyen d’agir concrètement : quand on prend une décision, on peut la suivre directement, et voir ses résultats, l’adapter ! C’est ce que m’avait dit un des ministres pour lequel j’ai travaillé : « Ici, en politique nationale, un tiers de ce qu’on fait sera détricoté par le successeur, un tiers se perdra dans les méandres administratifs, et un tiers aura de l’effet, à une date pas toujours déterminée. En politique locale, on est responsable de la conception à l’exécution, et on voit les projets sortir des terres, les mesures s’appliquer ! ». C’est bien sûr mon attachement à la commune où j’ai toujours vécu qui m’a conduit à vouloir faire de la politique, mais c’est aussi cette conviction qu’on pouvait réellement agir. Il m’est même arrivé d’essayer de mettre en pratique une mesure que j’avais développée au niveau national : un bel exercice de schizophrénie et de modestie (« Quel est le techno de malheur qui a pondu ça ? » « Euh…moi ! »).
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C’est ce lien entre les deux qui est aussi passionnant, la pédagogie de l’action politique. Et il y a le contact humain. On disserte beaucoup dessus, mais il faut l’avoir vécu quand on est élu local pour en apprécier vraiment tout le bonheur ! Cependant, il est plus facile de pérorer dans les cafés politiques sur les idées, de que de s’engager en politique locale. Il y a les servitudes réelles de la vie d’élu local. Il y a cette mauvaise presse parfois de l’élu, vu comme un profiteur alors même qu’il est souvent bénévole, qu’il ne compte pas son temps. C’est peut-être aussi cela qui en décourage beaucoup, la sensation que leurs convictions progresseront mieux en dehors du système. Etre élu local, c’est se jeter dans le bain, savoir écouter et apporter des réponses, et il faut avoir la même passion pour les crottes de chien que pour les grands projets, tout en ayant le courage de hiérarchiser les priorités, d’agir dans un univers de compossibles, et de montrer parfois que l’intérêt général ne peut satisfaire tous les intérêts particuliers.
Pour ce qui est de l’engagement de la jeunesse, juste une remarque. Cette génération dite dépolitisée est prompte à s’engager sur beaucoup de thèmes. Mais l’univers politique lui semble peu accueillant. C’est vrai : quand en 1981, il y avait un député de moins de 40 ans pour 1 de plus de 60 ans, le rapport en 2007 était de 1 à 9. Alors, faiblesse de la participation des jeunes ou faiblesse de leur représentation, il va peut-être falloir agir !
2. Quel est, selon vous, le fait qui a le plus marqué votre génération ?
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Les ruptures historiques de ma génération sont multiples, et c’est peut-être avec le temps qu’on fera le tri ! Je suis de la génération post-chute du Mur de Berlin, une génération plus mondialisée, plus consciente aussi des nouveaux risques, qui a vécu le 11 septembre 2001, une génération qui a aussi profité de l’Europe et sait qu’il y a des opportunités, d’autres façons de penser, une génération peut-être plus méfiante envers les idéologies et les solutions toutes faites : communisme, fin de l’Histoire, choc des civilisations, capitalisme financier, autant de visions du monde dominantes qui se sont entrechoquées et ont parfois disparu en quelques années !
Cette génération est également marquée par la crise actuelle qui l’interroge sur son devenir. On pourrait aussi, de manière plus provocante, considérer que c’est le déclassement, ou le jour où le niveau de vie des retraités a dépassé celui des actifs, ou encore celui ou le remboursement des intérêts de la dette a dépassé le budget de l’éducation nationale, qui sont des faits marquants, car ils changent notre perception de l’avenir et du progrès. N’est-ce pas cela les défis qui attendent ma génération ?
3. Si vous étiez un super héros, qui seriez vous ?
Je préfère les supers héros qui changent le monde sans super pouvoirs ; c’est un peu ça la politique : essayer de changer les choses, en ayant beaucoup de contraintes, dont la première est simplement d’être humain ! Un bon coup de kryptonite ferait du bien de temps en temps, mais ce n’est pas au programme. Je regrette cependant que beaucoup de super héros « normaux » » remplacent les supers pouvoirs par leurs supers moyens financiers…
Jean Spiri
Il y a des supers héros de notre temps, qui ont révolutionné le quotidien de millions de personnes avec une idée qu’ils ont su défendre, parfois contre le scepticisme général. Je pense par exemple à Muhammad Yunus, grâce à qui plus de 300 millions de personnes bénéficient d’un micro-crédit dans le monde. Les solutions existent, à nous de les trouver !
4. Projetez-vous en 2042. Comment imaginez-vous la France dans 30 ans ?
Cela dépend tellement des choix qui seront faits aujourd’hui ! La France d’après, c’est justement celle que nous essayons d’imaginer au travers de nos articles.
C’est une France qui aura dépassé la crise, bien évidemment, mais qui aura su tirer parti de ce choc pour reconstruire ses fondamentaux. L’éducation bien sûr, car après la réforme des universités, il faut s’attaquer résolument à une remise à plat de notre système éducatif qui doit redevenir plus performant et plus juste. L’assainissement des finances publiques ensuite, une nécessité pour retrouver des marges de manœuvre, investir sur l’avenir, l’éducation, la recherche, la croissance ; il doit aller de pair avec la redéfinition d’un Etat plus stratège, plus régulateur et moins directement opérateur. Une croissance fondée sur l’innovation, sur l’esprit d’entreprendre, sur nos avantages compétitifs rétablis grâce à l’investissement dans le savoir, le numérique, une croissance qui intégrera pleinement l’impératif de développement durable,
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une croissance qui sera protectrice de l’emploi en développant des secteurs de pointe, tout en offrant à tous la possibilité de s’adapter et de changer de métier. Une plus grande justice sociale, qui passe par la réduction des inégalités de toutes sortes, sociales bien sûr, mais aussi les inégalités territoriales, les inégalités générationnelles. Une solidarité locale, attentive à tous les âges de la vie, soucieuse de tous les territoires. Une démocratie apaisée : apaisée dans son fonctionnement, apaisée parce qu’elle a relevé le défi de l’intégration, apaisée parce qu’elle a accepté des évolutions sociétales et permis que tous les citoyens se sentent vraiment égaux et impliqués dans la vie de la République. Une voix qui porte dans le monde, en faisant le choix de l’Europe politique et d’une influence internationale fondée non sur les vieilles lunes de la puissance française, mais sur des valeurs comme le progrès durable.
En 2042, cette refondation aura porté ses fruits : une nouvelle génération mieux formée arrivera sur le marché du travail, une génération qui saura qu’elle devra parfois changer de métier, une génération qui aura pleinement intégré la dimension écologique, une génération qui saura qu’elle a des chances de progrès et d’ascension sociale, une génération qui aura la conviction qu’il faut agir pour la justice sociale, une génération pour qui la cohésion sociale sera une évidence, et qui sera fière de son appartenance à cette société, et forte de sa place assumée en Europe.
C’est en 2012 que se dessine 2042 : ne nous trompons pas !






























13 responsables politiques de la majorité se sont réunis autour de ce projet : 7 femmes, 6 hommes, moyenne d’âge 40 ans, ont répondu favorablement à l’invitation de Benoist Apparu et ont rédigé diverses propositions qui alimenteront le projet présidentiel de 2012.
Education, Emploi, Europe, Solidarités, Développement Durable... chacun dresse un constat de la situation et développe ses solutions pour que la France se modernise et sorte renforcée de la crise que traverse le monde. Des analyses et des propositions thématiques pour contribuer à la victoire de la droite en 2012.
Retrouvez le message de soutien à cette démarche collective, de Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, chargé du projet de l'UMP.
