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Vers la e-démocratie
Le développement continu des nouvelles technologies bouleverse en profondeur le fonctionnement et les structures de l'économie et de la société.
Franck Riester
« le web constitue un formidable espace de liberté, d'accès à la culture, un vecteur de diffusion des savoirs, des idées »
Internet constitue une profonde rupture tant cet outil modifie nos usages, nos manières d'agir, d'interagir, de produire, de communiquer. Aucun aspect de notre vie économique, sociale ou culturelle n'échappe à cette transformation qui réinvente notre quotidien. Agora moderne et mondiale, le web constitue un formidable espace de liberté, d'accès à la culture, un vecteur de diffusion des savoirs, des idées. Qui peut aujourd'hui nier le rôle clé que la Toile, et les réseaux sociaux notamment, ont joué dans les révolutions du printemps arabe ? Mais Internet est aussi un enjeu de compétitivité majeur pour notre économie.
Terreau fertile pour la croissance, l'innovation et l'emploi, c'est le secteur le plus dynamique de l'économie mondiale. Le numérique a ainsi créé 700 000 emplois dans notre pays sur les 15 dernières années. Il représente aujourd'hui 5,2% de notre PIB et cette proportion va immanquablement progresser, faisant ainsi de ce secteur un contributeur essentiel à la sortie de crise.
Dans cette révolution mondiale, la responsabilité des décideurs publics est centrale. Si Internet ouvre le champ des possibles, encore faut-il se donner les conditions d'un développement harmonieux, durable et prospère. Plus qu'un programme, c'est une véritable vision que nous construisons depuis 4
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ans. Il ne s'agit pas ici de vouloir façonner un Internet à la française, ambition vaine et inutile pour un outil qui se moque des frontières. Il s'agit au contraire de bâtir une politique structurée pour que ce potentiel numérique soit au rendez-vous des promesses.
L'action de notre majorité s'est ainsi structurée autour de deux axes complémentaires : instaurer la confiance numérique d'une part, et tirer profit de ces opportunités numériques, d'autre part.
Le premier volet de la politique que nous menons tire sa légitimité d'un principe cardinal : comme tout espace public et de citoyenneté, Internet ne saurait s'affranchir de l'Etat de droit, socle de notre démocratie. Cela signifie que les droits et les devoirs de chacun doivent être respectés sur Internet comme ils le sont dans le monde physique. Le Président de la République l'a de nouveau rappelé le 18 novembre dernier lors du Forum d'Avignon ; prenant l'exemple du droit d'auteur, il a affirmé ne pas être « décidé » à ce qu'« une révolution technologique aussi prestigieuse, aussi utile, aussi positive par ailleurs que celle de l'Internet, remette en cause ce principe fondamental du droit de propriété de l'auteur sur son œuvre. » Entendons-nous bien ; il ne s'agit pas d'instaurer une quelconque « censure numérique » comme certains ont pu l'interpréter trop hâtivement, mais de créer collectivement les conditions d'une confiance sur les réseaux numériques, réseaux qui ne sauraient offrir un espace d'impunité. A ce titre, la construction d'un cadre normatif adapté aux spécificités du web a constitué une priorité politique. Les actes répréhensibles, on pense notamment à la cybercriminalité, sont désormais
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combattus. Les droits et les libertés de chacun sont plus fermement respectés.
« garantir le respect du droit à vivre du produit de sa création »
Quelques exemples permettent d'illustrer notre action. En matière de protection de l'identité, la loi a ainsi créée un délit d'usurpation d'identité 1. S'agissant de la propriété intellectuelle, la loi Création et Internet 2 constitue une expérience pionnière pour garantir le respect du droit à vivre du produit de sa création, dans le respect des libertés individuelles. D'autres chantiers demeurent éminemment prioritaires et devront être inscrits à l'agenda politique au plus vite. Je pense notamment au respect de la vie privée et à son corollaire, le droit à l'oubli, même si la réponse doit probablement être de niveau européen pour être véritablement efficace. J'ajoute qu'il ne semble pas nécessaire de systématiquement passer par la loi ; d'autres formes de régulation, et notamment d'auto-régulation, sont envisageables. En outre, dans cet environnement mouvant, la régulation, qu'elle soit nationale ou supranationale, doit être suffisamment souple pour s'adapter aux évolutions technologiques. Quelle que soit la forme juridique
1 Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet.
2 Loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure.
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choisie, la finalité de ces actions n'en demeure pas moins la responsabilisation des internautes.
Le second volet de l'action de notre majorité vise à tirer le meilleur parti des opportunités numériques. Partout où il se diffuse, le numérique constitue un formidable effet de levier et produit de nombreuses externalités positives. Celui qui ne sait pas saisir cette chance se condamne à un désavantage compétitif qui deviendra de plus en plus insurmontable au fur et à mesure que les manières de travailler, de créer, de produire, de consommer, se numériseront partout sur la planète.
Il nous appartient de construire un écosystème propice au développement de l'économie numérique pour faire de la France un des leaders mondiaux.
Réjouissons-nous que, depuis 2007, cette ambition soit portée au plus haut sommet de l'Etat ! L'illustration la plus exemplaire de cette ambition demeure sans conteste les 4,5 milliards d'euros consacrés au numérique dans le cadre des investissements d'avenir. Un engagement fort de l'Etat qui vise à la fois à développer les infrastructures du très haut débit (2 milliards d'euros) et à encourager les nouveaux usages numériques et le développement des contenus (2,5 milliards d'euros).
3 Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet.
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Le numérique bénéficie également du renforcement du crédit impôt recherche, dispositif de soutien à l'innovation le plus favorable au monde. Notre effort a aussi porté sur le développement des infrastructures afin que le numérique devienne une réalité concrète pour tous les Français. Grâce à la loi relative à la Lutte contre la fracture numérique 3, l'universalité de l'accès au haut débit est un objectif en passe d'être atteint. De même, la TNT offre désormais à tous les Français 19 chaînes gratuites dans une qualité numérique d'image et de son. Le réaménagement des fréquences qui en découle permettra de diffuser 6 nouvelles chaînes gratuites et de bénéficier prochainement de la quatrième génération de téléphonie mobile.
L'Etat ne pouvait rester imperméable à ces nouveaux usages ; il devait s'adapter, repenser son fonctionnement et son mode d'action en conséquence. Le citoyen devenu internaute formule de nouvelles exigences. Ainsi, le développement de l'administration en ligne, volet numérique de la révision générale des politiques publiques, a permis une profonde modernisation de nos services publics, sur la base notamment d'un rapport que j'avais remis au Gouvernement en 2010 4.
Ce sont désormais 76% des démarches administratives qui peuvent être effectuées en ligne, contre seulement 30% en 2007. La présence de l'Etat
4 Amélioration de la relation numérique à l’usager, rapport issu des travaux du groupe « Experts numériques », remis à M. Eric Woerth, ministre du Budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l’État et à Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique (février 2010).
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« Ce doit être un axe majeur de la politique du Gouvernement en matière de modernisation de la relation entre l'administration et ses usagers »
sur Internet a en outre été rationalisée afin de gagner en lisibilité et en efficacité. Le nombre de sites web de l'Etat a ainsi été divisé par deux. Cette modernisation se conjugue également avec un souci de transparence. Le Président de la République et le Premier ministre ont parfaitement saisi l'importance de cet enjeu : grâce aux travaux de la mission interministérielle Etalab dirigée par Séverin Naudet, la plateforme data.gouv.fr, lancée le 5 décembre 2011, va permettre la réutilisation gratuite et la plus large possible, par chaque citoyen, des données publiques produites par les administrations. C’est un choix démocratique historique. J'ajoute par ailleurs que le développement des usages mobiles incite l'administration à s'adapter et à proposer une offre de services numériques en conséquence. Ce doit être un axe majeur de la politique du Gouvernement en matière de modernisation de la relation entre l'administration et ses usagers, comme je l'ai souligné dans un nouveau rapport 5.
5 Ce nouveau rapport constitue la phase 2 de mon travail sur l'amélioration de la relation numérique à l'usager, rapport issu des travaux du groupe « Experts numériques », remis à Mme Valérie Pécresse, ministre du Budget, des comptes publics et de la réforme de l’État (septembre 2011).
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Ces réformes ont été entreprises et menées à bien grâce au cadre de gouvernance rénové voulu par le Chef de l'Etat. La création du Conseil national du numérique, instance chargée d'améliorer le dialogue entre pouvoirs publics et acteurs de l'économie numérique, répond à la nécessité de réfléchir à la dimension numérique d'un nombre croissant de politiques publiques. Le forum eG8, sommet international d'un nouveau genre qui s'est réuni à Paris pour la première fois en mai 2011, témoigne de cette même volonté au niveau mondial.
Au cours de ce quinquennat, nous avons ainsi posé les bases d'un nouveau développement du numérique en France. Cette première étape structurante était nécessaire mais n'est cependant pas suffisante. Parce que la révolution numérique est systémique, elle exige une remise en question de tous nos modes de fonctionnement, y compris le fonctionnement de notre démocratie.
Je propose d'entamer dès 2012 le grand chantier de la e-démocratie.
Les Français ont pris pour un nombre croissant d’entre eux des habitudes nouvelles dans leur accès à l'information. Ils disposent en continu d’une information brute, notamment grâce à des médias apparus au cours des 10 dernières années : les quotidiens d’information gratuits, les chaînes de « hard news », les flux de dépêches sur les portails web, les réseaux sociaux, les applications pour smartphones, etc. Ceux qui le souhaitent peuvent aller plus
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« Le débat politique doit ainsi s’adapter à la nouvelle façon qu'ont les Français de s'informer »
loin en allant consulter à la source les rapports officiels, les statistiques de l’INSEE, les lois en discussion au Parlement. Tous ces éléments d’implication citoyenne étaient tout simplement inaccessibles il y a moins de 10 ans. Grâce à ces nouveaux médias et grâce au coût marginal nul de l'accès à l'information, les Français se sont accoutumés à une information toujours plus « désintermédiée », nourrissant ainsi leur demande de transparence. Ils y ont pris goût. Dans ce contexte, toute résistance à la transparence est interprétée comme une volonté de dissimuler, de conserver le pouvoir que confère la détention de l’information. Les citoyens ne peuvent plus l'accepter. Le débat politique doit ainsi s’adapter à la nouvelle façon qu'ont les Français de s'informer et à leurs aspirations à une démocratie plus approfondie.
De ce point de vue, je retiens la leçon apprise au moment des lois Création et Internet. Pendant cette période, je fus parfois caricaturé comme influencé par des lobbys qui m'étaient pourtant étrangers ou comme méconnaissant tellement Internet que, tout député que j’étais, j’aurais manqué de légitimité pour m’intéresser à ces questions. J’ai fait l’erreur de ne pas m’investir dans le débat en ligne, de sorte qu’il y fut à sens unique dans une déformation de mes propos et des intentions de la majorité.
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Finalement, chacun y a perdu : les internautes qui ne disposaient que d'une information à sens unique, moi-même qui négligeais une audience importante uniquement accessible sur ces réseaux et même les opposants au texte par manque d'exposition de leurs arguments. Il faut s’engager dans le débat sur l’agora-internet, notamment sur ces questions qui ne sont que peu relayées par les grands médias. A défaut, une déconnexion s’installe entre le débat parlementaire d’une part et le débat citoyen d’autre part.
« Mes collègues parlementaires et élus sont, pour un grand nombre, dubitatifs à l’idée de se lancer dans le débat en ligne. »
Mes collègues parlementaires et élus sont, pour un grand nombre, dubitatifs à l’idée de se lancer dans le débat en ligne. Certains, en raison d'une relative méconnaissance de la Toile, craignent d’ouvrir un immense cahier de doléances où, derrière un anonymat confortable, s’exprimeraient des opinions extrêmes ou absurdes ne méritant pas leur intérêt. Entre le troll et le lol, il faut reconnaître qu'un espace pour un débat faisant partie intégrante de nos pratiques démocratiques institutionnelles n'existe pas encore.
En matière de traitement de l'information, on observe une tendance apparue sur Internet et dans les rédactions numériques, le fact-checking. Il s’agit en fait de l’amplification du travail journalistique classique de vérification des
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faits. Un homme politique donne un chiffre dans une émission de télévision, quelques requêtes bien pensées dans un moteur de recherche et vous pouvez le comparer au vrai chiffre. Ce sera l’une des grandes tendances des échéances électorales de 2012. Souvenons-nous de la controverse sur la scolarisation des élèves handicapés lors du débat de l’entre-deux tours de 2007 : elle aurait été immédiatement résolue en quelques clics par les « live-tweets » du débat.
Surtout, les nouvelles technologies peuvent servir de facteur démultiplicateur de la qualité de l’action publique. Un débat plus approfondi améliore la qualité de la décision publique et sa légitimité, qu'il soit mené grâce aux nouvelles technologies ou non. Celles-ci permettent cependant d’amplifier et de simplifier la mobilisation des citoyens. Je pense notamment aux enquêtes publiques au niveau local, même si tout élu de terrain sait qu'elles sont perfectibles. Les nouvelles technologies nous permettent de bénéficier de toute l’intelligence collective.
Dans ce nouvel environnement, les institutions et les décideurs sont contraints d'adopter une gouvernance plus ouverte, plus transparente et plus collaborative. Mais il s’agit en réalité d’une formidable opportunité qu’il nous faut saisir dès à présent en mettant en place de nouveaux outils.
La première brique de la e-démocratie c’est l’open data. C’est par définition un élément de transparence.
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« L’open data fait reculer le champ de l’idéologie et des a priori, accroît l’objectivité et la rationalité dans le système et donc augmente la confiance, ciment indispensable de la vie démocratique. »
Il s’agit d'abord d’un enjeu de qualité du service public. En effet, les entreprises, les associations, les citoyens s’empareront de ces données pour développer de nouvelles façons d'appréhender les services publics, de s'informer, d'évaluer les politiques publiques. En agissant ainsi, on rapproche le citoyen des agents du service public et des décideurs : en connaissant mieux les données d’un problème, les citoyens prennent conscience de la difficulté de l’action publique et on contribue à apaiser les relations parfois tumultueuses entre les citoyens, les élus ou les administrations. On améliore également la qualité de la gouvernance : il n’est plus possible de masquer les difficultés. Mesurer, c’est déjà agir et réformer car la transparence tire nécessairement vers le haut. L’open data fait reculer le champ de l’idéologie et des a priori, accroît l’objectivité et la rationalité dans le système et donc augmente la confiance, ciment indispensable de la vie démocratique.
L’open data est également un enjeu économique majeur.
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D’une part, l’amélioration de la qualité du service public profite à la société dans son ensemble et est source d'économies. Dans le contexte budgétaire très contraint qui est le nôtre, la moindre opportunité de réduction des dépenses doit être saisie. D’autre part, les entreprises françaises prendront de l'avance en développant, avant leurs concurrentes, les solutions logicielles de l’exploitation des données. Car aujourd’hui, à l’heure du stockage quasi-illimité, la valeur ajoutée n'est plus tant dans la constitution ou la mise à disposition d’une base de données que dans la capacité à lui donner du sens et à créer de nouveaux produits et services. C’est une source de croissance potentielle formidable pour notre économie.
« le modèle économique doit être la gratuité »
Par conséquent, l’Etat et les administrations publiques recouvrent de nouvelles ressources à travers les économies réalisées et à travers l'augmentation des recettes fiscales du fait de la création de nouveaux services. Pour ces raisons et parce que c’est en réalité la communauté des citoyens qui est la propriétaire des données publiques, il me semble que le modèle économique doit être la gratuité. Toutes les administrations doivent se lancer. J’ai ainsi décidé de montrer l’exemple et la ville de Coulommiers, dont je suis le maire, sera l'une des premières communes de France à mettre en place une démarche d'ouverture des données, sur la plateforme data.gouv.fr en décembre 2011.
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En outre, l’objectif de l’open data doit nous conduire à une plus grande standardisation des systèmes d’information de l’Etat et de l’ensemble des administrations publiques afin de rendre plus aisée la mise à disposition des données, notamment en adoptant des formats libres et ouverts. Cela concourra ainsi à faire des économies dans la fourniture de ces systèmes.
Les applications sont nombreuses, certaines sont encore inconnues car elles seront créées par les entreprises et la communauté des utilisateurs. Au cours du prochain quinquennat, nous devrons franchir des étapes importantes dans la mise à disposition des données.
Je pense par exemple aux décisions de justice. La Cour de Cassation, le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ont d’ores et déjà adopté des méthodes très ouvertes. Leurs sites Internet sont riches, on y retrouve l’intégralité de leurs arrêts et décisions. Toutefois, seul le Conseil d’Etat met en ligne une base de données interrogeable de décisions du Conseil et des Cours administratives d’appel, ainsi qu’une sélection de conclusions de rapporteurs publics et d’analyses des décisions à l’apport jurisprudentiel important. Dans l’ordre judiciaire, il n’existe pas d’équivalent. La situation est dommageable pour les citoyens dont l’accès au droit est limité sans raison mais aussi pour l’Etat et les professionnels du droit. Ce sont en effet des sociétés d’édition privées qui vendent à l’Etat et à ses Cours des bases de données de décisions dont ils sont pourtant eux-mêmes les producteurs. Cela n’a pas de sens à l’heure des nouvelles technologies. Les décisions de justice doivent être, sous réserve de certaines conditions techniques, largement
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« L’Etat réalisera des économies importantes, les juges pourront se référer plus facilement à d'autres analyses issues d’autres ressorts territoriaux. »
disponibles dans des formats libres et ouverts. L’Etat réalisera des économies importantes, les juges pourront se référer plus facilement à d'autres analyses issues d’autres ressorts territoriaux. Le justiciable disposera d’une plus grande information. Certes, les éditeurs devront revoir leur modèle économique, mais ils pourront développer des façons originales et plus efficaces d’accès aux décisions. Surtout, ils se concentreront sur la haute valeur ajoutée, c’est-à-dire le travail d’éclairage de la doctrine et de la jurisprudence.
Regardons également les exemples étrangers.
La police britannique a ainsi mis à disposition un grand nombre de données sur ses effectifs déployés ou les chiffres de la délinquance par unité territoriale. Sur le site www.police.uk, vous avez ainsi accès à une présentation des forces de l’ordre affectées à votre quartier et aux données sur la délinquance. Ces données sont utilisables par les citoyens, les experts, les chercheurs. Les citoyens contrôlent ainsi davantage l’action de leur police.
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Les chercheurs peuvent exploiter les chiffres de la délinquance. Le débat se ferait de façon plus objective, même si chacun retenait des critères d’évaluation différents. Finalement, c’est un retour à l’essentiel : un débat sur les critères et, implicitement, sur les valeurs défendues plutôt qu’une sempiternelle et vaine querelle de chiffres.
On peut imaginer des applications en matière scolaire avec l’accès des parents d’élèves aux résultats des évaluations par établissement. Je pense également aux prix de l’immobilier. Il est tout de même préhistorique que les Français n'aient accès à ces prix que dans les tableaux illisibles régulièrement publiés dans la presse magazine. Pourquoi ces bases de données ne seraient-elles pas accessibles à tous ? Si l’on savait par exemple que les prix de ventes réalisées par telle agence sont systématiquement plus élevés, on contribuerait au ralentissement de la hausse des prix de l’immobilier.
Les nouvelles technologies nous permettent également de renforcer la lisibilité, pour le citoyen, du processus de prise de décision publique. Aujourd’hui, parfois en raison des confusions opérées par les journalistes eux-mêmes, il est difficile pour le citoyen de comprendre si une proposition est faite par le gouvernement, un expert mandaté par lui, un parlementaire ou un parti politique. De sorte que l’on peut penser qu’une décision a été prise, alors qu’il ne s’agissait que d’une proposition versée au débat à un stade plus ou moins précoce. Le Sénat, l’Assemblée nationale et les ministères ont mis en place des sites Internet souvent très bien conçus où l’on peut prendre
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connaissance de l’activité de ces institutions. A cet égard, les dossiers législatifs en ligne du Parlement sont complets et éclairants.
Je propose que l’on franchisse une nouvelle étape avec le dossier législatif augmenté. Il s’agirait de regrouper sur un site Internet unique, l’ensemble des étapes d’une démarche législative : le rapport d’une commission ou d’un expert, le projet de loi présenté en Conseil des Ministres, les discussions au Parlement, les contributions des associations, des lobbys, des partenaires sociaux. Les Livres Blancs et les Livres Verts, outils encore trop peu utilisés dans notre démocratie, devraient être systématisés et y etre intégrés.
« Les administrations travaillent en effet, de façon non partisane, à la définition du champ des possibles avant une réforme. »
Ce site contribuerait d'une part à renforcer la lisibilité du processus démocratique. Les administrations travaillent en effet, de façon non partisane, à la définition du champ des possibles avant une réforme. Cette expertise pourrait ainsi être accessible à tous les citoyens. Le débat public ne peut que gagner du fait que les options envisageables, l’évaluation de leur financement et de leurs implications soient accessibles à tous. Tout cela est classique, mais les nouvelles technologies nous permettent de donner à ces éclairages plus d’ampleur et de les systématiser.
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Le dossier législatif augmenté aurait vocation à être le réceptacle des collaborations citoyennes à la décision collective. A ce titre, les états-généraux de l’Outre-mer constituent une expérience particulièrement intéressante. Cela nécessite toutefois la mise en place d'instruments pour accompagner ce débat, comme par exemple un véritable community manager du débat, qui puisse le modérer, le recadrer, signaler les éléments d’analyse disponibles, corriger les erreurs factuelles et établir un compte-rendu. Nous pourrons nous appuyer sur l'expertise développée par la Commission nationale du débat public. Elle doit encore se développer pour que la Commission devienne la référence nationale en matière de débat numérique.
« Tous ces éléments contribuent à l’entrée dans une ère de démocratie collaborative. »
Tous ces éléments contribuent à l’entrée dans une ère de démocratie collaborative. Il ne s’agit pas de substituer une démocratie numérique directe à la démocratie représentative. Tout le monde n’a pas le temps, l’envie, la maîtrise suffisante ou tout simplement l'accès à ces nouvelles technologies pour participer à tous les débats de ce type. Il est hors de question de créer par cette voie une nouvelle condition de la citoyenneté qui serait par conséquent réductrice de droit. Non, chacun doit pouvoir contribuer et collaborer dans la mesure qu’il souhaite. On enrichit le processus législatif classique par des étapes de collaboration citoyenne. Le gouvernement et le
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législateur n’en sont que plus éclairés et leurs décisions plus légitimes.
« Ne nous y trompons pas, la question n’est pas de savoir si le débat doit aller sur Internet ou pas. Il y est déjà »
Ne nous y trompons pas, la question n’est pas de savoir si le débat doit aller sur Internet ou pas. Il y est déjà et il y sera toujours plus, ce qui constitue un progrès démocratique. C’est en réunissant les conditions que j’ai tenté d’esquisser, open data et transparence, investissement du politique, processus collaboratif et ouvert, que l’on garantit un débat de qualité qui apporte une vraie valeur ajoutée à notre vie démocratique.
Au delà de l’approfondissement démocratique, la culture de la e-démocratie va engendrer un grand nombre d’externalités positives dans l’économie et la société. On l’a dit, l’open data permet aux entreprises de créer de nouveaux services et de nouveaux logiciels. Si la France prend de l’avance sur ces questions, nous mettrons nos entreprises dans une situation favorable dans la concurrence internationale. Une « grappe d’innovations », pour reprendre l’expression de Schumpeter, se développera dans notre pays, créant ainsi des emplois à forte valeur ajoutée.
Elles auront également un impact sur la façon d’être dans la société. La liberté individuelle est le fruit du long processus d'émancipation de la
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personne, entamé depuis les Lumières. Les corps intermédiaires, les communautés d’appartenance, les classes sociales ne sont plus des mécanismes imposés de médiation avec le reste de la société. Cependant, comme l’a notamment illustré Philip Blond 6, qui fut l'un des inspirateurs de la campagne de David Cameron et du concept britannique de la Big Society, la solitude de l’individu d’être seul face au marché et à l’Etat (au sens large) peut être source d’angoisse, de perte de richesse, humaine, sociale, écologique et économique.
Les réflexions sur la Big Society doivent nous interpeller. Il ne peut s’agir évidemment de recréer les corps intermédiaires qui n’existent plus ou d’imposer des médiateurs à l’individu-citoyen. En revanche, il n’est pas interdit de vouloir s’attacher à renouer le lien social. Le problème n’est pas tant que la société soit « grosse », envahissante, mais qu'elle soit dense et riche, chacun y apportant de lui ce qu’il veut, sans obligation.
Les nouvelles technologies sont un outil de d’intensification de la vie démocratique et de densification des rapports sociaux, dans le respect de l’individu. Le développement de ces outils peut donc entraîner des changements extrêmement positifs pour la société.
Nous n’en sommes qu’aux prémices. Aujourd’hui pour l’essentiel, les nouvelles technologies n’ont servi que d’effet de levier à des processus déjà existants. En matière d’engagement citoyen, il est instructif de regarder
6 Philip Blond, Red Tory – How Left and Right Have Broken Britain and How We Can Fix it, Londres, Faber & Faber, 2010
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la campagne de Barack Obama en 2008 dont tout le monde dit que la mobilisation sur Internet était exceptionnelle. Elle l’était, mais elle n’a finalement permis que de multiplier le « porte-à-porte » et les réunions « Tupperware », ce qui est déjà une performance en soi. Ce sont néanmoins des formes on ne peut plus classiques de militantisme.
Demain, la e-démocratie et les nouvelles technologies créeront de nouvelles façons d’être dans la société, d’interagir avec elle, de vivre la citoyenneté. La jeunesse des années qui viennent trouvera peut-être ainsi la réponse à l’interpellation de John Fitzgerald Kennedy qui l’invitait à se demander ce qu’elle peut faire pour son pays.
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Biographie de Franck Riester
Diplômé de l'Institut Supérieur de Gestion (ISG) et titulaire d'un Master de Gestion des collectivités territoriales de l'ESSEC, Franck Riester est, depuis juin 2007, député de la 5ème circonscription de Seine-et-Marne. Âgé de 37 ans, il est l'un des plus jeunes députés de la l'Assemblée nationale.
Membre de la Commission des Affaires Culturelles et de l'Education de l'Assemblée nationale, il fut successivement rapporteur du projet de loi Création et Internet (HADOPI I) et rapporteur du projet de loi relatif à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet (HADOPI II) au cours du premier semestre 2009.
Administrateur de la Chaine LCP, il fut également membre de la Commission Copé portant réforme de l'audiovisuel public en 2008 et membre du Groupe de travail relatif à la publicité aux et aux activités commerciales de France Télévisions de l'Assemblée nationale au printemps 2010.
Il est co-auteur de deux rapports relatif à l'Amélioration de la relation numérique à l'usager remis au Ministre de la Réforme de l'Etat en février 2010 et septembre 2011, et du rapport sur la Création musicale et la diversité à l'ère numérique, remis au Ministre de la Culture et de la Communication en septembre 2011.
En outre, il exercice également les fonctions de vice-président du Conseil national des Missions locales.
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Délégué UMP de sa circonscription, il fut désigné, en janvier 2009, orateur itinérant afin d'expliquer la crise économique et financière à nos concitoyens. Il fut par la suite directeur de campagne de l'UMP pour les élections européennes de juin 2009 et pour les élections régionales de mars 2010. Il est, depuis début 2011, Secrétaire national de l'UMP en charge de la Communication.
Franck Riester est par ailleurs maire de Coulommiers depuis mars 2008, ville choisie par le CSA pour mener la première expérience du passage à la télévision tout numérique pour tous.
Enfin, il est également chef d'entreprise et dirige à ce titre plusieurs concessions automobiles.
1. Peu de gens de votre génération s'engagent en politique. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Je préfère être acteur plutôt que spectateur. Je considère l'engagement politique comme un moyen d'améliorer les choses. La politique est pour moi un levier qui permet d'améliorer le quotidien de nos concitoyens.
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2. Quel est, selon vous, le fait qui a le plus marqué votre génération ?
Outre les grands évènements historiques qui ont marqué notre époque (chute du mur de Berlin, 11 septembre par exemple), je retiens sans hésiter la naissance d'internet, qui a profondément modifié nos manières de communiquer, d'apprendre, d'agir. Cet outil a aussi révolutionné et continue de révolutionner nos relations sociales.
3. Si vous étiez un super héros, qui seriez vous ?
Capitaine Flam car il est convaincu de la supériorité de l'esprit sur la force brute.
4. Projetez-vous en 2042. Comment imaginez-vous la France dans 30 ans ?
Je suis optimiste. Je pense que notre pays sera une démocratie moderne et apaisée, qui s'appuyant sur tous ses atouts, aura confiance en l'avenir et fera la fierté de ses citoyens.
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13 responsables politiques de la majorité se sont réunis autour de ce projet : 7 femmes, 6 hommes, moyenne d’âge 40 ans, ont répondu favorablement à l’invitation de Benoist Apparu et ont rédigé diverses propositions qui alimenteront le projet présidentiel de 2012.
Education, Emploi, Europe, Solidarités, Développement Durable... chacun dresse un constat de la situation et développe ses solutions pour que la France se modernise et sorte renforcée de la crise que traverse le monde. Des analyses et des propositions thématiques pour contribuer à la victoire de la droite en 2012.
Retrouvez le message de soutien à cette démarche collective, de Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, chargé du projet de l'UMP.
